L'Ami 6, la plus excentrique des petites Citroën

Publié par Futura

Plus de 50 ans après sa naissance, le design très particulier de l'Ami 6 de Citroën étonne toujours autant. Voyons comment s'est déroulée la carrière plutôt mouvementée de cette étrange voiture.

Les études

Les études qui vont mener à l'Ami 6 débutent à la fin des années 1950. A cette époque, 2 modèles cohabitent au sein de la gamme Citroën : dans le bas la 2cv et dans le haut la DS. Entre ces deux modèles, il y a un gouffre, que Citroën entend bien combler.
 
Si au départ l'auto devait reprendre l'hydraulique de la DS, pour des raisons de coûts on va rapidement lui préférer la plateforme de la 2cv, avec toutefois un moteur plus puissant. Le 425cm3 de la 2cv de l'époque laissera donc place à un 602 cm3 de 22cv, qui permettra à la voiture d'atteindre et dépasser les 100 km/h. Pour l'époque, ce sont de bonnes performances.
Un des critères essentiels des études qui ont été menées : le confort. La future voiture, à défaut de reprendre certaines techniques propres à la DS, il faudra pour cela attendre la GS en 1970, devra au moins reproduire un confort proche du haut de gamme. Pour cela, suspension souple de 2cv et sièges correctement rembourrés seront d'une aide précieuse.
Enfin, en bonne Citroën, le style devra être un élément distinctif. Et justement, quel style adoptera cette future Citroën ?


Son style

Le style justement de l'Ami 6 sera tout aussi original que celui des Traction, 2cv et DS en leur temps. C'est le styliste maison Flaminio Bertoni, bien connu pour avoir été entre autre l'auteur des lignes de la Traction Avant en 1934, qui va se charger du style de celle que l'on appellera plus tard Ami 6.

Aux Simca 1000 et Renault 8 au profil carré, Citroën va répliquer en 1961 avec une berline Ami 6 aux lignes plus qu'originales : à l'avant, on découvre un capot plongeant et des optiques rectangulaires entourés de chromes. L'autre choc viendra du profil, très particulier notamment à cause de la fameuse ligne en Z, avec la lunette inversée. Double avantage de cette solution : la surface d'ouverture de la malle est plus grande et la lunette reste toujours propre, sans compter qu'en cas de forte pluie les manoeuvres sont considérablement simplifiés puisque la lunette est protégée de l'eau.


Le lancement

L'Ami 6 est lancée en 1961, au même moment que la 4L. Elle est tout d'abord construite dans l'usine Panhard d'Ivry Sur Seine, avant d'intégrer ensuite l'usine ultra moderne de Rennes.
 
http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/1965_u10.jpgL'Ami 6 aura l'honneur d'inaugurer l'usine de Rennes-La-Janais, laquelle produit aujourd'hui les Peugeot 508 et Citroën C5 II.
 

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Le style très particulier de la face avant vaudra à l'Ami 6 de nombreux quolibets. Certains trouvaient qu'elle ressemblait à un crapaud !

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Le profil de l'Ami 6 choque moins mais se veut tout aussi original que la face avant avec son profil en Z. Cette idée est aussi esthétique que pratique.
 
http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/autowp12.jpgAvec ses 2 phares ronds et sa malle, la face arrière de l'Ami 6 apparaît étonnement sobre.
 
http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/autowp13.jpgLa planche de bord est moins torturée que l'extérieur. Point distinctif des Citroën, le volant monobranche est repris de la DS. Basée sur la 2cv, l'Ami6 se veut plus cossue que sa soeur.
                                          
Les premiers essais de l'Ami 6 confirment les dires de Citroën. La voiture se montre accueillante et confortable, tout à fait capable de transporter une petite famille et ses bagages dans un confort très honorable. En revanche, le style de l'Ami 6 divise et l'avantage guère par rapport à la concurrence, nettement plus classique pour le coup. Si les qualités demeurent, son style la pénalise, en témoignent les premiers chiffres de vente. L'Ami 6 se vend moins que prévu. Pire, en 1963 la demande en faveur de l'Ami 6 baisse !
Pour sauver la carrière commerciale de l'Ami 6, Citroën étudie plusieurs propositions dont une qui finira par être adoptée : une carrosserie break.


Quand l'Ami 6 se décline en break

On pourrait se demander pourquoi Citroën n'a pas pensé dès le début à proposer son Ami 6 en version break. En effet, si la ligne en Z de la berline est aussi originale que pratique, elle a l'inconvénient majeur d'interdire toute polyvalence parce qu'elle n'autorise pas le montage d'un très pratique hayon, dont dispose justement la récente Renault 4. Pierre Bercot, le PDG de Citroën de l'époque, n'a jamais apprécié les breaks. Il considère ces carrosseries comme des utilitaires, non comme un moyen de diversifier la clientèle. Face aux chiffres de vente décevant de l'Ami 6, il est toutefois contraint de revoir ses positions.
 
Depuis la fin de l'été 1962, le carrossier Heuliez disposait déjà d'une Ami 6 break finie et homologuée. C'est elle qui va servir de base d'inspiration aux équipes de design de Citroën pour dessiner la carrosserie de celle qui est appelée à devenir la future locomotive de la gamme.
 
Pierre Bercot valide le nouveau modèle et en octobre 1964, l'Ami 6 break fait sa première apparition au Salon de l'Automobile de Paris. Plus classique, son profil plaît déjà davantage que celui de la berline, tout comme son coffre plus grand et sa praticité en hausse.
 
http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/autowp14.jpghttp://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/autowp15.jpgLe profil plus classique et simple de l'Ami 6 break a la lourde charge de faire oublier les excentricités de la berline.
 
http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/autowp16.jpgPlus pratique et polyvalente que la berline, la version break est aussi sans concurrence.
 

3 versions et deux finitions sont disponibles au lancement : break 4 places, break 5 places et Commerciale, qui se distingue des deux autres par le montage d'un plancher de coffre amovible permettant d'obtenir une surface de chargement plate, voilà qui devrait plaire aux artisans... Quant aux finitions, comme sur la berline, elles se nomment Tourisme et Confort. Parmi les options figurent la radio mais aussi l'embrayage centrifuge, apparu sur la 2cv.

Évidemment, à l'époque les breaks du genre de l'Ami 6 étaient rares, sans surprise elle va donc très rapidement trouver son public. Dès 1965, elle représente près des 2/3 des ventes d'Ami 6. L'ami 6 est une des rares voitures dont la version break se vend plus que la version berline !

La version break sauve la carrière commerciale de l'Ami 6, qui est la voiture la plus vendue en France pour l'année 1966.

En septembre 1967, arrière sur l'Ami 6 break la version Club, à la finition plus léchée. La face avant intègre des doubles optiques ronds, les roues se parent des enjoliveurs Gala que l'on retrouve aussi sur la 2cv AZAM Export, la sellerie est spécifique et le coffre est garni des moquettes. L'Ami 6 berline obtiendra cette finition un an plus tard.

http://i70.servimg.com/u/f70/14/88/53/89/1968_a10.jpgLa finition Club vient coiffer en beauté la gamme Ami 6 et tente tant bien que mal d'assurer une certaine jonction entre la gamme 2cv et la gamme DS.

En octobre 1967, elle adopte de nouveaux feux arrières multifonction. Ces feux seront ensuite repris en février 1970 sur les nouvelles 2cv4 et 2cv6.

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En mai 1968, le bicylindre de 602 cm3 passe de 22 à 28 ch. Ce sera la dernière évolution de l'Ami 6 avant son remplacement par la future Ami 8 moins d'un an après.
 

Bye-bye l'Ami 6

L'Ami 6 berline quitte la scène en mars 1969, à l'avènement de l'Ami 8. Seule la version break continue sa carrière en attendant les break Ami 8. L'ami 6 se sera écoulée au total à 1 039 384 exemplaires. Dans ce chiffre, on compte 555 398 breaks et 483 986 berlines. Des chiffres relativement corrects, en particulier pour le break puisqu'il est apparu en 1965 et n'aura été finalement produit que 4 ans et demi.
 
Dernière modification de la page : le 02 mars 2015