L'histoire de la Rover 75
Aujourd'hui on entame en cette période de rentrée un tour d'horizon qui a pour but de vous faire connaître des voitures assez peu connues. Nous attaquons avec une berline anglaise peu connue bien que conçue par BMW : la Rover 75. Cette berline lancée en 1998 sera la dernière Rover à sortir des chaînes de montage en 2005. Retour sur la toute dernière Rover...
Études et lancement
En 1998, les Rover 600 et 800 viennent de tirer leur révérence. BMW, qui est encore aux commandes de la marque Rover, s'apprête à lancer une nouvelle berline, nettement plus moderne, mieux construite, plus luxueuse, mieux motorisée et surtout qui sera une alternative à sa Série 3. Conçue pour relancer Rover, la berline 75 était le point de départ du renouveau de la marque au Drakkar. Les circonstances en décideront autrement... Toujours est-il que lorsqu'elle est présentée en 1998, cette berline est rapidement présentée comme la Rover la plus aboutie et la plus convaincante depuis bien des années.

Moderne et élégante, la nouvelle 75 symbolise en 1998 le renouveau de Rover.
Les lignes de cette élégante berline sont mises sur le papier à partir de 1996-1997. Avec ses doubles optiques ronds à l'avant, la 75 a un furieux air de petite Jaguar, ce qui bien entendu est loin d'être un mal. Du côté technique, l'auto étrenne une nouvelle plateforme, différente de celle de la BMW Série 3 à laquelle elle emprunte pourtant quelques motorisations.
L'habitacle de la nouvelle Rover demeure être typiquement anglais : un mélange entre cuirs, ronce de noyer et alcantara, le tout mêlé à une instrumentation complète et bien positionnée. Si l'espace alloué aux places arrière demeure chiche, les places avant sont dotées d'un confort optimale, tandis que la tenue de route se montre convaincante.
La poupe de la nouvelle 75 est radicalement moderne face aux anciennes 600 et 800 qu'elle remplace. Symbolisant le luxe à l'anglaise, la 75 ne tarde pas à séduire, certains journalistes iront même jusqu'à parler d'une "petite Jaguar".


La finition en gros progrès est également l'autre point fort de cette Rover radicalement nouvelle.
La voiture finie est lancée en 1998. Le style radicalement nouveau - plutôt élégant - associé à des qualités dynamiques de bon niveau et une finition en net progrès par rapport aux 600 et 800 qu'elle remplace font que la 75 apparaît rapidement comme la Rover la plus aboutie. Sa conception aboutie, bien aidée par BMW, se chargent de rassurer les sceptiques tandis que ses tarifs corrects par rapport aux allemandes attirent une clientèle nouvelle. Côté sécurité, il est loin le temps de la série 600 avec sa modeste étoile à l'Euro NCap, puisque la 75 décroche pas moins de 4 étoiles, faute d'airbags latéraux.
Pour sa première année de commercialisation en 1999, plus de 21 000 exemplaires trouvent preneurs, auxquels s'ajoutent 44 000 exemplaires l'année suivante. La 75 est un succès, qui cachent néanmoins une forêt de soucis. Si la voiture marche, Rover continue à perdre de l'argent, une fâcheuse tendance au déficit qui agace BMW. A l'occasion d'un changement de têtes dans l'organigramme de la marque munichoise, l'allemand décide de se débarrasser de sa danseuse anglaise. Les marques MG et Rover sont alors revendus en 2000 au consortium Phoenix pour une somme dérisoire.
Pour autant, Rover ne reste pas les bras croisés. Dès 2001, la marque diversifie la gamme 75 en lançant la version Tourer. Plus spacieuse que la berline, cette nouvelle déclinaison, assez inhabituelle chez un constructeur anglais, va toucher une nouvelle clientèle, plus familiale mais aussi plus jeune.


La version Tourer conserve l'élégance de la berline à laquelle s'ajoute la praticité d'un break, jugez plutôt :

Restylage et nouvelles versions
En parallèle à cette nouvelle déclinaison, Rover offre lui offre de nouvelles motorisations, de plus faible puissance, qui permettront à la 75 d'avoir des versions de base moins chères.
Si les ventes restent stables, à plus de 30 000 exemplaires annuels entre 2001 et 2003, il n'empêche que la 75 a vieilli. Attaquée par la concurrence notamment française (Peugeot 407, Renault Laguna), allemande (BMW Série 3, Opel Vectra) ou même dans une moindre mesure japonaise (Toyota Avensis, Honda Accord), la 75 a besoin d'une remise à jour, qui arrive en 2004.
Elle reçoit ainsi une nouvelle face avant, qui abandonne définitivement les doubles optiques ronds pour des optiques lisses, un nouveau pare-choc et une calandre légèrement modifiée. Cette évolution de la face avant confère à la Rover un air plus moderne tout en permettant à la berline de conserver cette élégance si particulière qui fait son charme.
Sur la face arrière, le pare-choc est désormais plus bombé. Le but est désormais de faire plus sportif, plus dynamique, pour sortir la 75 de son image de voiture bourgeoise traditionnelle.
Sur le tableau de bord, les modifications sont plus légères, avec de nouveaux compteurs et des matériaux revus.
Le restylage de la 75 a su conserver l'élégance originelle de la voiture. Si elle perd son air de Jaguar, elle gagne en modernité.
L'habitacle de la 75 se distingue toujours de la concurrence par son ambiance feutrée et luxueuse. La planche de bord peut également être entièrement habillés de ronce de noyé.
La déclinaison break bénéficie également de ces modifications, notamment au niveau de la partie arrière qui s'affine pour apporter un brin de modernité.
En 2004, la 75 Tourer apparaît encore comme une alternative crédible aux autres break haut de gamme.
Outre un nouveau traitement des phares, la face arrière reçoit un nouveau bouclier.
Nouveaux modèles
2004 est aussi une année particulièrement difficile pour MG-Rover. La chute des ventes s'accélère, les pertes s'accumulent et les banques s'inquiètent. Le remplacement des 25 et 45 tarde à se concrétiser tandis que la CityRover voit sa sortie retardée faute de mise au point.
Cette année-là, pour le Salon de l'automobile de Paris, Rover présente l'exclusive version V8. Cela faisait déjà quelques mois qu'il était prévu de lancer des 75 et ZT V8. Faute de mise au point, les deux voitures ne purent sortir qu'en 2004. Pour distinguer la V8 de ses sœurs de gamme, Rover la dota d'une face avant spécifique, avec une imposante calandre qui n'est pas sans rappeler celle de l'Audi A6 lancée cette année-là. Sous le capot, le V8 n'est évidemment pas celui de la MG XPower SV (une très coûteuse excentricité) récemment lancée puisqu'il provient de chez Ford et développe la bagatelle de 266 ch ! Cette motorisation prestigieuse est issue d'une certaine Mustang et n'est associé qu'avec la version haut de gamme.
La version V8 chapeaute la gamme. Nerveuse et luxueuse, elle se pose comme une alternative aux autres berlines luxueuses. 2 soucis toutefois : l'image de marque et la puissance insuffisante de son V8...
Contrairement à la ZT V8, l'arrière de la 75 V8 ne diffère que très peu de celui d'une 75 classique. Seules les quadruples sorties d'échappement sont là pour rappeler ce qui se cache sous le capot...
L'habitacle de la version V8, outre son ambiance très classieuse, ne se distingue de la 75 normale que par un logo V8, placé entre les deux aérateurs, au dessus de la console centrale.
Les amateurs de berlines haut de gamme seront comblés par la 75 Limousine, disponible uniquement sur commande spéciale.
L'année 2004 sera l'année où paradoxalement, MG-Rover présentera le plus de nouveautés depuis les années 1990. Car en plus du nouveau style de la 75, de sa version V8 et même de sa version rallongée "sobrement" dénommée Limousine (!), Rover présente la 75 Coupé. Ce coupé haut de gamme est supposé montrer le savoir-faire de Rover et enfin offrir une remplaçante à la 800 Coupé.

Véritable démonstration du savoir-faire de Rover dans le domaine du design, la 75 Coupé avait un beau potentiel, même si la voiture d'origine a déjà 6 ans.

La face arrière ne se distingue finalement que très peu de la 75 qui sert de base. Qu'importe, le coupe affiche une élégante certaine.
Fin de la 75
Alors que le projet de sa remplaçante avance, la Rover 75 va connaître une fin plus brutale que prévue. Le 8 avril 2005, après l'échec des négociations en vue de son rachat par Shanghai Automotive Industry Corporation (SAIC), Rover se place sous administration judiciaire, première étape vers la mise en faillite. Le constructeur britannique a accumulé au fil des années une dette impressionnante, trop importante pour permettre la poursuite de l'activité, principale cause de l'échec des négociations.
Le 14 avril, le conseil d’administration du constructeur choisit de recourir aux administrateurs judiciaires. En clair, des administrateurs financiers prennent le contrôle de la firme et évaluent les actifs et le passif du groupe, qui se déclare en faillite le lendemain.
Le 24 Avril, la plupart des employés de Rover sont licenciés lors du prononcement de la faillite du constructeur et partent "une main devant une main derrière", le fond des salaires de Rover ayant fait faillite sauf celui des patrons (les 4) qui repartent chacun avec 4 000 000 £.
En Juillet les actifs MG-Rover sont revendus au chinois SAIC qui délocalise la production en Chine tandis que 1 000 employés sont rappelés pour finir les dernières Rover qui étaient en cour de fabrication. Puis l'ultime Rover, une 75 berline CDTI, sort de chaîne. Après 100 ans d'histoire, Rover disparaît.
L'ultime Rover est produite en Juillet 2005. C'était une 75 berline CDTI rouge. Une page se tourne.
Des versions chinoises : la MG 7 et la Roewe 750
Devenu chinois, Rover est rebaptisé Roewe. Lors de sa dissolution, BMW repart avec le blason de Rover (ensuite revendu à Ford) et Ford repart avec le nom Rover pour protéger la firme Land Rover. Face à cela, SAIC a l'idée de lancer Roewe, un nom dont la prononciation se rapproche beaucoup de celle de Rover. La Rover 75 devient alors Roewe 750 en 2007.
Le succès en Chine demeurera modeste, malgré de nombreux restylages jusqu'à la fin de sa carrière en ... 2014 ! 54 952 exemplaires seront vendus, auxquels s'ajoutent les 14 285 MG 7 (ex-MG ZT).
De son côté, MG est racheté par NAC, lui-même racheté par SAIC quelques mois plus tard. La MG ZT devient MG 7 et poursuivra discrètement sa carrière jusqu'en 2013, sans profonds changements.




